C O N T A C T

11 rue Pastourelle
F75003 Paris
+33 (0) 1 48 87 75 91
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H O R A I R E S

lundi - samedi
10h - 19h30

et 24h/24, 7j/7 sur rendez-vous



 

JACQUELINE RABOUAN & CAROLINE MOUSSION
GALERISTES DE MERE EN FILLE

Rabouan Moussion s’agrandit! 
En déménageant rue Pastourelle, dans le Marais, la galerie investit un ancien théâtre pour mettre en scène ses artistes. Rencontre sous les échafaudages. 

Cela faisait un moment, disent-elles, que la galerie sise rue Vieille-du-Temple leur paraissait trop étroite pour leurs nouvelles envies. Près de trente ans après l’avoir fondée, Jacqueline Rabouan, rejointe peu de temps après par sa fille Caroline Moussion, déménagent donc à deux pas de là dans les locaux d’une ancienne fabrique d’abat-jour. « Il y a quelques années, j’en avais acheté à cette adresse pour les besoins d’une exposition. J’avais trouvé l’endroit magnifique. Et il y a un an, j’ai appris par hasard que l’entreprise avait fermé ». Un an, c’est exactement le temps qu’il a fallu négocier pour obtenir ce qui fut aussi, il y a des années, un théâtre, et l’inaugurer aujourd’hui avec une exposition de l’artiste néerlandais Erwin Olaf, dont les photographies à la beauté glacée recèlent « une révolte intérieure », selon les galeries. 

La révolte, l’engagement, les soubresauts de l’âme et les tressaillements du corps, un art parfois véhément dans ses formes mais toujours politique dans ses enjeux : telles sont les grandes lignes suivies par la galerie depuis sa naissance, à Paris en 1988, et quelques années passées à Nantes où Jacqueline Rabouan montra des toiles d’Hervé Télémaque et le travail de Bernar Venet. 

Avant cela, elle organisa en 1984 une manifestation pionnière fédérant sept écoles d’art françaises. L’art, elle s’y est mise d’elle-même, moins pour l’art en soi que pour « le monde des idées », les concepts et les engagements qu’il véhicule et propage. ce qui ne l’empêche pas de « choisir les artistes de manière instinctive ». Elle n’st pourtant pas seule à la tête de la galerie : à la question de savoir comment la mère et la fille se mettent d’accord, elles répondent en choeur qu’elles sont toujours d’accord sur une oeuvre, même si elle l’ont découverte séparément. bercée par l’art, Caroline commença pourtant par mener une vie d’aventurière, ou peu s’en faut, voyageant beaucoup, sans but précis, si ce n’est au Brésil, où elle se mit en quête de pierres précieuses. Elle rentra en 1990. « Il était temps d’arreter mes folies », rit-elle. 

DES CARTES DE CREDIT TRICOTEES

La galerie a toujours eu cet esprit voyageur, puisque ce fut l’une des premières à montrer la scène artistique russe après la chute du mur de Berlin. Dévoreuse de littérature russe, Caroline Moussion dit en avoir retrouvé la « profondeur romantique » chez Oleg Gulik, Dimitri Tsykalov ou encore le Tchèque Stanislav Kolibal, dont les oeuvres, révélées à la galerie, firent parfois en France grand bruit. 

Aujourd’hui, les deux femmes veulent montrer des installations de plus grand format, tout en continuant à développer une de leurs marottes: des oeuvres originales à prix abordables (les artistes jouent d’ailleurs le jeu en réalisant des pièces vendues entre 200 et 1000€). Toutes deux estiment que leur métier est devenu plus facile depuis que les institutions ont entrepris un travail de fond important, au début des années 1990, pour faire prendre conscience à chacun que l’art, le point de vue des artistes sur le monde, ça compte. Et si on demande à Jacqueline Rabouan quelle pièce l’a marquée, elle évoque une installation de Tsykalov : « des cartes de crédit tricotées, pas terminées, la pelote de laine touchant terre ». 

Comme une manière de défendre une anicroche, un accroc, dans le sacro-saint rapport à l’argent des sociétés néolibérales. Et pour la galerie, de dire que ce n’est pas son seul moteur. 

Judicaël Lavrador

 Beaux Arts Magazine, Octobre 2015